viernes, 12 de febrero de 2010
"La Maternitat d'Elna"
Ce soir, c'est la dernière... depuis plus de deux ans, l'actrice Rosa Galindo et moi-même représentons la pièce de théâtre "La Maternitat d'Elna", tiré du livre homonyme écrit par l'historienne Assumpta Montellà et mis en scène par J. Galindo, frêre de ma compagne de scène.
Pour résumer l'histoire en quelques mots: en 1939, à la fin de la guerre civile espagnole, aprés la défaite républicaine, des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants fuirent le pays à la hâte en direction de la frontière française, poursuivis par les troupes franquistes, esquivant les bombes et les rafales de mitrailletes qui causèrent la mort de familles entières. Arrivés en France, les autorités politiques de l'époque débordés par la situation(presque 500.000 personnes traversèrent la frontière en seulement quelques jours)prirent la décision de concentrer les exiliés sur les plages d'Argelès, St Cyprien, et aux alentours des villages de Gurtz, Agde et Villefranche. Tout ceci dans des conditions matèrielles et sanitaires bien plus que précaire, ils ne trouvèrent que le sable, la mer et les fils de fer barbelés qui délimitaient les camps.
Au fil des mois, la perte de leurs biens ainsi que des leurs,le manque d'hygiène, la malnutrition, les maladies en tout genres convertirent les plages en un enfer permanent, les morts se multipliaient chaque jours, bon nombre d'entre eux étaient des personnes agées, des bléssés de guerre n'ayant bénéficié d'aucune aide médicale, ainsi que 99% des nouveaux nés et enfants en bas-âge.
Devant cette véritable catastrophe humaine, une jeune maitresse d'école suisse de 27 ans, Elizabeth Eindenbenz, alors infirmière bénévole à la croix rouge, pris l'initiative de transformer une maison de campagne en une maternité reunissant toutes les règles d'hygiène médicale oú elle aiderait les jeunes femmes enceintes a accoucher. Dans un petit village du Roussillon, à 10 km de la plage d'Argelès, le village d'Elne.
En l'espace de 5 ans, presque 600 enfants vont voir le jour dans cette maison, 597 exactement, loin des camps de concentration, les mères et les bébés étaient soignés, nourris et logés dans de bonnes conditions grâce à l'aide du secours catholique et de la croix rouge suisse.
L'oeuvre de théâtre raconte cette histoire, comme un conte pour adulte, accompagnée par 33 thèmes musicaux dont une dizaine de chansons françaises et catalanes.
En hommage à Elizabeth Eindenbenz, qui jouait du piano pour donner un peu de joie à ces jeunes femmes qui avaient tout perdu, nous avions décidé avec l'équipe, pendant le processus de création, d'inclure dans le spectacle des compositeurs dont la musique avait été jouée pendant cette pèriode sur le vieux piano droit de la maternité. Bach, Mozart, Chopin, Liszt et en hommage aux musiciens catalans ayant souffert l'éxil, bon nombre de thèmes appartiennent à Frédéric Mompou ainsi qu'à Francis poulenc, son grand ami parisien.
Donc ce soir, pour la dernière fois, ce sera avec le coeur chargé d'émotion que je monterai sur scène, avant, je préparerai mon rituel comme à chaque réprésentation, dans la loge avec Rosa, nous parlerons d'Elizabeth, de sa tenacité et de son courage hors du commun qui à chaque fois nous donne force et envie de raconter cette merveilleuse histoire, nous ferons les essais de son comme toujours avec "la mer", "que reste-t-il de nos amours" et je lui donnerai le "si" du "lasch'ia quio pianga". Nous nous préparerons et attendrons que l'on viennent nous chercher dans la loge. Ce soir nous n'aurons pas "l'abraçada" de Sara, la régisseuse qui nous suit depuis le début, occupée à un autre spectacle. Ce sera la dernière allumette que j'allumerai dans l'obscurité du théâtre, le dernier "clair de lune", la dernière "valse du petit chien", le dernier "noi de la mare", le dernier "l'hymne à l'amour" et la dernière "à la claire fontaine".
Rosa Galindo, comedienne chanteuse
Luc-Olivier Sánchez, pianiste
mis en scène par Josep Galindo
adapté par Pablo Ley
Sara Manzano, régisseuse
Aleix Fauró, assistant de direction
chargé de l'audiovisuel, Toni Roura
jueves, 11 de febrero de 2010
Concerto "L'Empereur" 2nd mouvement L.V. Beethoven
Leif Ove Andsnes Piano
Charles Dutoit Chef d'orchestre
NHK symphony orchestra
Un grand Beethoven, un son d'une maturité exceptionnelle, une ligne infinie, interminable et jamais ennuyeuse, des ritardando superbes, Andsnes et Dutoit construisent ensemble un Beethoven parfait, une sérénité absolue. Un deuxième mouvement d'un équilibre parfait, vertigineux point de rencontre entre l'horizontalité humaine et la verticalité spirituelle.
Etiquetas:
beethoven piano concerto
martes, 9 de febrero de 2010
Hymne à La Beauté
Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ? ton regard infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.
Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore;
Tu répands des parfums comme un soir orageux;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.
Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.
Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.
L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.
Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté, monstre énorme, effrayant, ingénu!
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?
De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds.
Charles Baudelaire "Les Fleurs du Mal"
Ô Beauté ? ton regard infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.
Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore;
Tu répands des parfums comme un soir orageux;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.
Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.
Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.
L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.
Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté, monstre énorme, effrayant, ingénu!
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?
De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds.
Charles Baudelaire "Les Fleurs du Mal"
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